la nature chemin de désistance

La prise en charge s’inspire des méthodes d’Intervention en contexte de Nature et d’Aventure (INA).

Des outils spécifiques au service des objectifs

La tenue officielle

Reflet d’une confiance et d’une appartenance

L’équipe de Stage Nature accorde une importance toute particulière à la tenue :

  • Les instructeurs portent une tenue pratique, adaptée aux circonstances. Celle-ci induit le respect et marque la différence en se détachant des codes vestimentaires urbains.
  • Les jeunes portent une tenue fournie par Stage Nature ; celle-ci est adaptée à l’activité pratiquée (sport, bricolage, cuisine, loisir-détente, randonnée…), elle permet un lissage des codes vestimentaires liés aux marques et renforce le sentiment d’appartenance au groupe Stage Nature.
  • Nous entrons là dans une notion de dépouillement : Ce n’est pas ce que tu portes qui fait ton identité mais ce que tu es au fonds de toi. Le fait de se séparer de ses effets personnels, est comme une mue, une nouvelle peau, un nouveau départ. C’est aussi l’idée de les éloigner de la société consumériste qu’ils connaissent.
  • Ce sentiment est augmenté durant le séjour par l’acquisition progressive d’objets d’équipement (ceinture, pochette, outil multifonction…) validant le renforcement de la confiance du groupe et des instructeurs. Ces objets sont remis devant le groupe par un instructeur qui justifiera l’acquisition de l’équipement en valorisant le jeune dans ses progrè
Le temps et l’espace

Des repères pour se reconstruire

Un jeune en décrochage est un jeune en perte de repères. Un mineur en danger l’est également, car son environnement a perdu son caractère protecteur. L’intuition de Stage Nature rejoint les fondements de la philosophie réaliste : c’est en faisant l’expérience d’une confrontation au réel, délimité par un temps et un espace stables, que le jeune pourra progressivement reprendre des marques et se remettre debout. 

  • Réapprivoiser l’espace:
    Le choix de la montagne comme cadre de cet accompagnement est ainsi résolument novateur : il s’agit pour le jeune d’expérimenter un environnement autre, aussi majestueux que déroutant. D’en découvrir les règles et de s’y adapter.
    La montagne peut en effet se révéler aussi généreuse que menaçante. Au jeune qui s’y aventure, rompant avec son cadre de vie habituel, elle impose une écoute, une observation, une obéissance, un apprentissage, gages de survie. En présentant un cadre immuable au jeune, elle se fera tour à tour réceptacle de son agressivité et de ses frustrations, mais aussi témoin des joies et satisfactions liées aux compétences acquises et aux dépassements accomplis.
    C’est tout l’intérêt de l’Intervention en contexte de Nature et d’Aventure* (INA) de percevoir et de s’appuyer sur la vertu éducative, ressourçante et pacifiante de la nature en elle-même. Dans un contexte relationnel souvent marqué par l’agressivité et la violence, elle offre une possibilité de médiation bienvenue.
  • Faire du temps un allié:
    L’histoire de vie des jeunes accueillis est souvent marquée par des ruptures plus ou moins violentes, qui ont introduit une discontinuité anxiogène dans leur évolution.
    Les décrochages multiples qu’ils peuvent connaître s’accompagnent souvent d’un « vide existentiel », entraînant un effondrement des repères temporels habituels, voire une inversion du nycthémère : quand le jour est synonyme de désœuvrement, ce sont les activités nocturnes – et leurs fréquentes dérives – qui polarisent l’attention, l’éveil et l’énergie.
    De plus, l’omniprésence d’un monde virtuel à portée de mains, à la force d’attraction d’autant plus redoutable qu’il s’inscrit dans ce vide existentiel qu’il vient artificiellement combler, ou plutôt occulter, contribue à faire perdre à ces jeunes la notion du temps, et plus largement du réel.
    L’un des objectifs fondamentaux de Stage Nature consiste précisément à redonner à ces jeunes ces repères temporels sans lesquels aucun « raccrochage » n’est possible : comment en effet envisager de mener à bien une activité, d’assumer un emploi, lorsque l’on est incapable de se lever, de respecter un horaire ou un délai, de donner un gage de fiabilité dans la durée ?
    L’objectif est ambitieux, et nécessite justement de faire du temps un allié : partir de là où en est le jeune, et s’adapter à son rythme.

L’un des principes essentiels de Stage Nature vise ainsi à offrir aux jeunes une stabilité sécurisante en s’appuyant sur la permanence d’une même équipe à leur côté, 24 h/24.

C’est celle-ci qui, dans un premier temps, va s’adapter aux possibilités du jeune, en repérant et investissant les moments clés où il est physiquement et psychiquement disponible.

Par ailleurs, le concept du stage Déclic mise sur l’itinérance pour reconnecter le jeune avec le rythme lent et continu de la marche, et avec l’écoulement des heures de la journée et de la nuit, imposé par les éléments extérieurs dont il expérimente l’immuabilité.

Enfin, le carnet d’aventure vient entériner les progrès réalisés, réconciliant le jeune avec un temps désormais synonyme d’accomplissement.

Ainsi, « l’enfermement » répressif en réponse à la violence, souligné de manière polémique par Petitclerc, trouve ici une alternative plus qu’intéressante : au lieu d’en être exclu, se confronter au réel – un espace et un temps naturels – permet au jeune de s’y orienter, d’en repérer les points cardinaux, pour reconstruire son propre équilibre et entrevoir un horizon vrai.

Le carnet d’aventure

Soutien et témoin d’une progression.

Dès son arrivée à Stage Nature, le jeune reçoit son carnet d’aventure qu’il gardera tout le long de la mesure et emportera avec lui à son départ.

Plusieurs pages sont destinées à décrire ses itinérances : durée, type de bivouac, nombre de kilomètres parcourus, dénivelé…

Ce carnet deviendra le journal de bord du jeune dans ses expériences de découverte de la nature. Il décrit de manière non exhaustive les compétences acquises durant ses itinérances ou pendant son séjour à Stage Nature. Faire du feu, organiser un bivouac, sécuriser un camp, choisir une piste, identifier les dangers, repérer et reconnaître des traces d’animaux, reconnaître le chant d’un certain nombre d’oiseaux, identifier une variété de nuage et sa signification, pêcher dans le respect des règles et prendre soin de son équipement, communiquer par talkie-walkie, prodiguer les premiers secours, filtrer de la neige pour la rendre potable, faire des nœuds adaptés aux circonstances, connaître les règles de navigation fluviale (…) sont autant de compétences que le jeune peut, avec l’aide des instructeurs Nature et Aventure ou socio-éducatifs, acquérir. En outre, ces compétences s’inscrivent parfaitement dans un apprentissage plus large et d’une grande actualité : celui, écologique, du respect de l’environnement comme celui, civique, de ses congénères.

Ce carnet devient un objet transitionnel permettant de valider les progrès et les compétences acquises. Il mentionne les conditions requises pour la validation de chacune, et prévoit une place pour inscrire la date de cette acquisition accompagnée d’un tampon et de la signature de l’instructeur. Le jeune peut également s’auto-évaluer (donner son appréciation personnelle de l’atelier, en évaluant sa difficulté) et se projeter, en exposant la façon dont il pourra faire usage de cette compétence dans la vie de tous les jours. À mesure qu’il se remplit, ce carnet devient ainsi un objet de fierté, un témoin des progrès accomplis, un passeport estampillé des aventures et compétences qui l’aiguilleront dans sa désistance. Outil de valorisation des acquis, il sera montré aux parents et référents du jeune, afin de faire évoluer le regard que son entourage porte sur lui et de le soutenir dans ce changement.